Il est rare d'avoir la chance de posséder ce que l'on appelle parfois une terre franche à savoir un sol qui contient 60 à 65 % de sable, 20 % d'argile, 10 % de calcaire et 5 à 10 % d'humus. Cette terre, très légèrement acide, est idéale pour tout jardinier.
On peut tout de suite constater que l'humus n'est pas la substance la plus importante... c'est le sable qui joue le premier rôle dans une terre équilibrée ! En effet, il permet un bon drainage et de réchauffer le substrat aux premiers rayons du soleil.
Amender sa terre revient donc à incorporer dans le sol des substances qui vont modifier physiquement sa composition et ainsi tendre à obtenir la terre franche.
Quand doit-on en arriver là ?
Lorsque votre terre sera trop sableuse, trop humifère, trop argileuse ou trop calcaire.
Comment reconnaitre si la terre présente un déséquilibre ?
Plusieurs facteurs peuvent vous renseigner mais il est indispensable de complèter ce diagnostic par une analyse de votre sol ! N'écoutez-pas votre voisin qui va vous donner un verdict sans appel ! Toucher la terre, l'émietter entre ses doigts, reconnaitre la flore peuvent vous renseigner sur la nature du déséquilibre mais seule l'analyse dans un laboratoire vous donnera la composition chimique du sol...
Il faut confier plusieurs échantillons de votre jardin, surtout si il est étendu, et vous obtiendrez une liste complète des éléments physiques et chimiques.
Si votre terrain provient d'une forêt défrichée ou si il jouxte la lisière d'un bois, il y a de grandes chances que le sol soit trop riche en humus.
A partir de 20 % d'humus, on considère que le sol est déséquilibré. Contrairement aux idées reçues, il est bien plus difficile d'amender une terre trop riche en humus qu'un sol excessivement argileux ou sableux !
En observant la flore, vous pouvez trouver des fougères, des genêts, des bruyères. Si la terre est riche une végétation arbustive se développe vite et il n'est pas rare de rencontrer des peupliers et des saules.
L'humus pouvant retenir plus de 100 % de son poids en eau, le sol sera souvent humide, voir spongieux ! D'où la présence de joncs, de roseaux, etc.
La terre est très foncée, associée à de l'argile et du sable, rarement à du calcaire. Ce type de sol est un véritable supermarché pour les plantes, la végétation peut croitre très vite dès que les températures montent dans la saison.
En effet, le sol est souvent acide, trop acide. C'est la première chose à corriger et cela passe par un chaulage mais plus la quantité d'humus sera élevée, plus le chaulage doit être espacé... sinon, le sol devient une véritable usine chimique difficile à contrôler !
Tous les deux ans, on apporte de la chaux éteinte. Mais cela peut prendre 10 ans... après le deuxième chaulage, on peut commencer à apporter, tous les ans, un peu de terre argilo-calcaire et du sable tous les deux ans pour améliorer le drainage. Si le sol est trop marécageux, cela ne suffira pas... sans un sérieux drainage le sol sera incultivable.
Ces terres sont facilement identifiables. La terre 'colle' au pied et aux outils lorsque le temps est humide, elle est froide et la végétation a toujours un peu de mal à démarrer mais le sol est fertile et nécessite peu d'engrais.
Le déséquilibre provient de l'agglomération du sable par les particules d'argile. En plus le calcaire est coagulé et cela donne de grosses mottes de terre, lourdes et difficiles à briser.
Si le terrain était à l'abandon, la flore est caractéristique... beaucoup de liserons, de pissenlits, des porcelles, du plantain (toutes les herbes 'indésirables' qu'on rencontre dans son gazon !) des graminées, du trèfle en abondance. Les arbres ne sont pas en reste et les pommiers, poiriers, chênes, charmes et hêtres se plaisent bien.
Si il n'y a pas trop d'argile (n'oubliez-pas que seule une analyse du sol vous renseignera précisement), on peut se passer d'un drainage et commencer à incorporer tous les ans des matières organiques comme du fumier de vache mélangé à du sable si le pourcentage est très bas.
Retournez votre terrain début octobre et laissez l'hiver briser les mottes... au bout de trois ans, pour éviter un manque de calcaire, on peut chauler légèrement (une à deux poignées par m2) et recommencer 3 ou 4 ans après.
Calcaire et argile s'aiment bien... Quand ce n'est pas l'argile qui coagule le calcaire, c'est le carbonate de chaux en excès associé à l'argile qui donne un sol aussi compact que les terres argileuses ! Quand il pleut, le sol est aussi difficile à travailler et avec la secheresse, ces terres se craquelent et laissent remonter les cailloux ! Le calcaire empèche les plantes d'absorber du fer, d'où des chloroses chroniques !
En aparté, évitez de tomber dans la manie actuelle de mettre de la tourbe partout ! Les tourbières sont des endroits fragiles, peu habitées par l'homme et donc de véritables réserves d'espèces animales et végétales. Les tourbières d'Europe ont pratiquement disparu et celles outre-atlantique vont connaitre le même sort... préférez dès maintenant des composts élaborés.
Si vous n'avez pas besoin de cultiver tout de suite, le meilleur amendement est une culture d'engrais verts (trèfle, lupin blanc, vesce).
La terre a du mal à retenir certains engrais minéraux et les cultures sont pauvres. Ce qui est une bénédiction pour les vignerons se transforme en un découragement pour le jardinier du dimanche !
Pas difficile à repérer... des cailloux partout, plein de chardons (il y a beaucoup de variétés de chardons...), de la moutarde sauvage, plein de coquelicots rouges et aussi des arbres comme le tilleul, le cerisier et le noyer. Si il y a assez d'argile, on trouvera les mêmes feuillus que dans les sols argileux.
Avec 30 % de calcaire dans le sol, il faut corriger avec des amendements acides, pour faire remonter le pH, comme la terre de bruyère, la tourbe blonde et du fumier bien décomposé pour améliorer la rétention d'eau.
Il faudra aussi fertiliser régulièrement, surtout si vos cultures sont épuisantes, les terres calcaires ont du mal à reconstituer leurs réserves nutritives.
La limite entre une terre normale et une terre sableuse est faible... si la terre franche contient 60 à 65 % de sable, un sol est dit sableux à partir de 70 % de sable. Prédominants sur le littoral et les landes, les sols sont trop perméables et instables. En dehors des dunes où pas grand chose survit, dès que l'on aperçoit des fougères, bruyères, genêts et des graminées il y a de l'espoir car ces plantes attestent de la présence d'humus. En présence d'argile on a des bouleaux, des pins maritimes typiques de ces sols. Quelque fois des châtaigniers et des peupliers.
Beaucoup de jardiniers se plaignent des sols sableux : toujours arroser, toujours fertiliser. C'est vrai... mais les sols sableux sont les plus faciles à amender avec des apports de composts ou de fumier de bovin bien décomposé quand on a constaté la présence d'un peu d'argile. Là aussi évitez la tourbe qui augmentera la rétention d'eau mais n'apportera pas d'éléments fertilisants.
Si votre jardin est situé très près du littoral avec 95 % de sable, il faut alterner les amendements : la première année, faites venir des camions de terre argilo-calcaire. De 85 à 95 %, il faut épandre de 10 à 20 cm de terre la première fois. Béchez peu profond pour ne pas entrainer la bonne terre.
L'année d'après, incoporez du fumier ou du compost. La troisième année, étendez deux fois moins de terre argilo-calcaire. Puis, chaque année, du compost ou du fumier pour redonner des éléments fertilisants à la terre. Ne plus ajouter d'argile ou de calcaire pour ne pas s'éloigner de la terre franche et éviter les labours profonds.
Les amendements sont nombreux, et les effets sont à moyen et long terme, à la différence des engrais qui s'emploient généralement pour la saison à venir :
Vous pouvez faire votre compost vous même. Oubliez tous les conseils qui préconisent de mettre peu de tonte de gazon pour éviter un compost trop riche en Azote... c'est vrai si vous fabriquez votre terreau en moins d'un an avec un activateur mais si vous avez de la patience, faites votre compost en 2 ou 3 ans en intercalant les tontes, les épluchures, les feuilles mortes (pas des arbres fruitiers, ni des rosiers !), les arêtes de poisson, les brindilles de bouleaux, la terre que vous enlevez quand vous rempotez, même de la litière de chat ! Par contre, il faudra en mettre 3 à 4 pelletées au m2.