Si vous etes rebutés par la préparation des formules « d'autrefois », il existe de plus en plus d'insecticides et de fongicides « bio » dans le commerce. A coté de ces préparations, il existe de nombreuses possibilités de lutte biologique à l'aide de pulvérisation ou d'arrosage de décoction de plantes.
Bien entendu ces formules sont plus ou moins efficaces en curatif. Les effets sont meilleurs en préventif, sauf pour les insecticides de contacts qui ne sont à employer qu'en cas de constat d'attaques d'insectes.
En dehors des produits commerciaux en poudre ou liquides, on prépare des décoctions ou purins de plantes à effet répulsif ou curatif. L'emploi de substances naturelles purement minérales est décrit dans la rubrique Utilisation de substances naturelles ou d'objets usuels.
Il faut bien distinguer une décoction d'un purin dans les préparations... Pour obtenir un purin, il suffit de laisser les plantes 4 à 5 jours dans de l'eau de pluie au soleil.
Pour un purin fermenté, c'est plus long environ 1 à 2 semaines et la technique est différente : il faut remuer le purin tous les jours et mettre peu d'eau, voir utiliser des sacs perméables qu'on plonge dans le bac d'eau et on protège le tout de la lumière.
Une infusion consiste à plonger les plantes dans de l'eau bouillante et attendre 24h00.
Pour les décoctions, c'est l'inverse : on plonge les plantes 24h00 dans l'eau fraîche, on fait ensuite bouillir 15 à 20 mn et on couvre le temps que cela refroidisse.
Avec les macérations, on laisse les plantes 2 à 3 jours pour éviter la fermentation et on filtre le tout.
Quant aux extraits de fleurs, c'est plus fastidieux... Il faut bassiner les fleurs cueillies puis les mixer et utiliser un linge fin pour les presser et extraire les jus. On peut conserver ca dans de petites bouteilles et au moment de l'utilisation, ajouter un peu d'eau et de l'argile pour faciliter le contact avec la surface à traiter.
Nous espérons que cette liste, non exhaustive, vous permettra de mieux vous rendre compte de l'utilité et de l'usage de ces produits « bio ».
- Absinthe
Cette plante (Artemisia absinthum), à la triste réputation, est pourtant précieuse pour le jardinier !
En décoction, elle est efficace à titre préventif contre les fourmis, les phytoptes de la ronce et les pucerons. Pour contrarier le trajet des fourmis, on y ajoute un peu d'eau et d'argile et on verse ce mélange sur le trajet.
En infusion, on traitera curativement la rouille du groseillier.
Il faut compter 250 g de fleurs et feuilles séchées pour 10 litres d'eau. Si elles sont fraîches, il faut multiplier par 10 la quantité.
- Ail
Les bulbes bien mixés, à raison de 80 à 100 g pour 10 litres d'eau en décoction (l'infusion est moins efficace), ont un effet préventif sur les maladies cryptogamiques et bactériennes et les acariens, les pucerons et le tarsonème du fraisier. En curatif, cela éloigne aussi les pucerons de vos rosiers !
- Bacillus Thuringiensis
C'est un mélange de bactéries qu'on trouve également sous le nom de Bactospéine (contient alors aussi des pyréthrines naturelles). Ce traitement est trop souvent négligé par les jardiniers amateurs alors que son efficacité est remarquable contre les cheimatobies, la cochylis, l'eudémis de la vigne, les hyponomeutes et surtout la terrible piéride du chou.
Ces chenilles meurent très vite après avoir mangé des feuilles traitées. C'est un des rares produits à appliquer avec des températures supérieures à 20 degrés !
- Bouillie bordelaise
Cette préparation, à base de sulfate de cuivre et de chaux, est utilisée depuis plusieurs siècles pour lutter préventivement contre beaucoup de maladies cryptogamiques.
On trouve de plus en plus de fongicides modernes qui associent du sulfate de cuivre à d'autres éléments chimiques. Mais en Agriculture Biologique, on accepte uniquement l'usage de la bouillie bordelaise.
Son action préventive est bonne contre le mildiou (pommes de terre, tomates et vigne) et aussi contre la tavelure des fruits (à pulvériser AVANT la floraison) mais dans ce dernier cas, il faut réduire les dosages préconisés car le cuivre peut provoquer un brunissement des pommes et des poires (les fruits à noyaux ne sont pas concernés).
- Camomille
En infusion ou décoction (50 g de fleurs séchées pour 1 litre), la Camomille a un effet renforçateur sur les graines au moment des semis.
- Fougères
La fougère mâle (Dryopteris filix-mas) pulvérisée l'hiver sous forme de purin non dilué (1 kg de plantes fraîches pour 10 litres d'eau, 10 fois moins avec des plantes sèches) a une remarquable action préventive contre les cochenilles et les pucerons lanigènes. Contre ces derniers, on peut employer ce purin toute l'année.
- Ortie
Vous ne regarderez plus cette « mauvaise herbe » de la même façon après avoir lu ce qui suit !
On l'utilise essentiellement sous forme de purin fermenté (1 kg de plante sans la racine pour 10 litres d'eau) qu'on dilue ensuite à 1 partie de purin pour 20 parties d'eau.
Mais... cela sent TELLEMENT MAUVAIS à préparer que je vous conseille VIVEMENT de l'acheter tout prêt en bidon concentré !!!
Son action est EXTRAORDINAIRE sur TOUTES les cultures potagères : il stimule et renforce les plantes (tomates, haricots, poireaux, etc), prévient le mildiou et éloigne les pucerons et les acariens.
- Prêle
Ce cauchemard des jardins humides devient un précieux produit dans le potager ! Utilisée en décoction toute l'année (1 kg sans la racine pour 10 litres d'eau puis dilué 5 fois), la prêle a un effet préventif ET curatif sur de nombreuses maladies cryptogamiques :
cloque du pêcher, mildiou, monilia, oïdiums, rouille, tavelures et septoriose de la tomate ! Associée à du purin d'ortie cela devient un fertilisant doublé d'un fongicide sans équivalent !
- Pyrèthres
La poudre de pyrèthre provient d'une plante proche des Chrysanthèmes qui pousse dans les pays chauds. Les insecticides à base de cette poudre provoquent une paralysie par empoisonnement du système nerveux des insectes.
Il faut l'utiliser uniquement en curatif, car l'effet est de courte durée.
Même si les produits à base de poudre de pyrèthre d'origine naturelle sont onéreux, ce sont les SEULS à être « bio »... En effet, les pyrèthrinoïdes de synthèse (cyperméthrine, alphaméthrine, etc) et la poudre de pyrèthre associée à des éléments chimiques (pipéronyl-butoxide) sont à éviter car les effets secondaires sont encore mal connus.
Le pyrèthre s'emploie contre les acariens, aleurodes (mouches blanches), la mouche du chou et les pucerons. Son action est renforcée en y mélangeant de la Roténone.
ATTENTION, il est toxique pour TOUS les insectes, y compris les auxiliaires... et comme la roténone, le pyrèthre est mortel pour les poissons et les batraciens.
- Quassia
Difficile à trouver en dehors de Suisse ou d'Allemagne, cette substance est extraite d'un bois tropical. L'infusion de quassia a des effets similaires aux pyrèthres mais moins prononcé. On s'en sert surtout contre le puceron vert du pêcher.
- Raifort
Gardez un petit coin de votre potager pour cette culture. La pulvérisation d'infusion de Raifort (250 g de feuilles et de racines pour 10 litre d'eau), sur les fleurs de vos arbres fruitiers, est un des rares produits naturels à lutter efficacement contre le développement du monilia.
- Roténone
Autre insecticide « bio » du commerce, cette substance est extraite de légumineuses tropicales. A la différence des pyréthrines, l'action est irréversible mais plus longue à se déclencher. C'est pour cela qu'il faut l'associer aux pyrèthres.
Elle est efficace contre les cheimatobies, doryphores, la piéride du chou, les psylles, les pucerons et les thrips.
C'est pour cela, qu'en dehors des cochenilles, l'association roténone-pyrèthre évite au jardinier d'utiliser des insecticides chimiques !
- Rhubarbe
Si les feuilles de rhubarbe sont toxiques pour l'homme, elles seront également utiles (150 g par litre d'eau) en infusion contre deux nuisibles spécifiques, le ver du poireau et le puceron noir de la fève.
- Tanaisie
Comme l'ortie et la prêle, cette « herbe folle » de nos talus est est considérer d'un autre oeil... Sa forte odeur en fait un précieux répulseur d'insectes.
Pulvérisée après infusion (300 g pour 10 litres d'eau), elle éloigne les acariens du fraisier et de la ronce, les fourmis et les pucerons.
En décoction (même quantité), il faut l'utiliser contre le carpocapse et la mouche du chou AU MOMENT des vols.
A suivre...